Le rôle de l'épiphyse (le troisième oeil):

distribuer les  esprits animaux pour animer la machine humaine suivant la volonté de Dieu 

Les "esprits animaux" sont donc considérés comme les plus subtiles parties du sang, plusieurs fois décrites : " elles n’y servent pas seulement à nourrir et à entretenir sa substance ( du cerveau ), mais principalement aussi à y produire un certain vent très subtil, ou plutôt une flamme très vive et très pure, qu’on nomme les "esprits animaux".

 

Plus loin, Descartes reprendra la comparaison qu’il a faite pour la croissance des enfants en disant : " que ces "esprits animaux" sont si abondants qu’à mesure qu’ils entrent dans les concavités ( du cerveau ), ils ont la force de pousser tout autour la matière qui les environne, et de l’enfler, et par ce moyen, de faire tendre tous les petits filets des nerfs qui en viennent, ainsi que le vent étant un peu fort, peut enfler les voiles d’un navire, et faire tendre toutes les cordes auxquelles elles sont attachées."

Nous arrivons à l’épiphyse : " il faut savoir que les artères qui les apportent du cœur, après s’être divisées en une infinité de petites branches, et avoir composé ces petits tissus, qui sont étendus comme des tapisseries au fond des cavités du cerveau, se rassemblent autour d’une petite glande située environ le milieu de la substance du cerveau tout à l’entrée de ces concavités et ont à cet endroit un grand nombre de petits trous par où les plus subtiles parties du sang qu’elles contiennent, se peuvent écouler dans ces glandes, mais qui sont si étroits qu’ils ne donnent aucun passage aux plus gros."
Coupe Horizont104.JPG (32418 octets)

L'Épiphyse est au centre du cerveau, jouant de ce fait pour Descartes un rôle de répartiteur des "Esprits animaux"

La description se poursuit par la comparaison déjà évoquée de circuits hydrauliques : " les "esprits animaux" qui agissent ainsi que vous pouvez avoir vu dans les grottes et les fontaines qui sont aux jardins de nos rois, que la seule force dont l’eau se meut en sortant de sa source, est suffisante pour y mouvoir diverses machines, et pour les y faire jouer de quelques instruments ou prononcer quelques paroles, selon la diverse des positions des tuyaux qui la conduisent." La comparaison est encore faite avec des jeux d’eau, base de l’automatisme du corps humain, comme pour le visiteur " qui entrant dans quelques unes des grottes de ces fontaines, causent eux-mêmes sans y penser les mouvements qui s’y font en leur présence, car ils n’y peuvent entrer qu’en marchant sur certains carreaux, tellement disposés que, par exemple, s’ils approchent d’une Diane qui se baigne, ils la feront cacher dans les roseaux ....." et "quand l’âme raisonnable sera en cette machine, elle y aura son siège principal dans le cerveau, et sera là comme le fontainier qui doit être dans les regards où se vont rendre tous les tuyaux de ces machines, quand il veut exciter ou empêcher, ou changer en quelque façon leur mouvement."

Les explications de Descartes, accompagnées de schémas, montrent bien qu’il est influencé par des données géométriques et si celles-ci sont envisageables sur le plan "moteur", donc centrifuges, elles sont beaucoup moins convaincantes dans le sens "centripète", la glande H qui est le siège de l’imagination et du sens commun centralise les figures qui s’impriment dans les organes des sens ou dans la superficie intérieure du cerveau, sur sa superficie, et c’est là que l’âme raisonnable lira. Descartes, prestigieux mathématicien et géomètre, est manifestement influencé par le fait que nous avons deux yeux et que nous ne formons pourtant qu’une seule image.

 Les explications ayant trait à la mémoire par la persistance de la déformation des pores du cerveau et les attitudes psychologiques, ne sont absolument pas convaincantes.
Nous avons vu que Descartes, en centralisant le siège de l’imagination et du sens commun, reste dans la tradition galénique, alors que les médecins arabes ont attribué aux différentes fonctions du cerveau : mémoire, imagination, raison, un siège dans chacune des parties du cerveau, conception suivie par Thomas Daquin et d’autres théologiens ainsi que par Ambroise Paré.
Descartes aurait été influencé dans sa thèse par Sylvius qui disait : "le conarion ( l’épiphyse ) ayant la forme d’une noix de pin, est commis à la disposition des esprits ". Cette idée avait été également celle de Fracastor en I555, et de Du Laurence dans son "historia anatomica humani corporis" en I6I0.

En résumé, la mobilité de la glande H et sa situation lui avaient donné le rôle de filtre et de distributeur du fluide nerveux.

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